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La récupération, c'est aussi dans la tête !

La récupération, c'est aussi dans la tête !
Par Sylvain Bazin 15 septembre 2017 8389 Vues Aucun commentaires

La récupération, c'est aussi dans la tête !

Avec l'engouement pour les courses, le côté "addictif" de l'effort et l'envie de progresser, le risque de multiplier les épreuves est fort. Au point d'oublier les fondamentaux de la récupération. Pour le corps et l'esprit.

Enchaîner les compétitions, empiler les entraînements exigeants, c'est un art complexe et un exercice périlleux. On se ramasse dans le filet sans avoir pris garde aux signaux qui vous avaient pourtant tous enjoints à lever le pied.
La blessure, la fatigue ou même l'épuisement seront souvent les conséquences les plus sensibles de ce surmenage. Un surmenage physique mais également psychique, qui peut conduire à un véritable "burn out" sportif.

Burn out sportif

Or, on a souvent tendance à ne considérer que l'aspect purement mécanique et physique du coureur dans la récupération. Une tendinite, un état de fatigue qui traduit une moindre réponse musculaire, un rythme cardiaque qui monte plus vite au repos et à l’effort. Ces signes sont connus, observés et même parfois traqués par le sportif et son entourage. On guette leur survenue, même si c’est souvent une fois qu’elle est là, donc trop tard, que les mesures sont prises pour réduire la charge d’entraînement et la fatigue compétitive.
Bien souvent, l’aspect mental est négligé. Or, c’est souvent lui qui joue à long terme le rôle clé dans la poursuite de la “carrière” et même de l’activité sportive. On guérit souvent d’une blessure, même si certaines pathologies notamment tendineuses peuvent s’installer et devenir chroniques. On retrouve plus rarement l’envie et la motivation lorsque celles-ci se sont envolées.

Attention à l’enchaînement des compétitions

Or, l’enchaînement des compétitions, la forte contraintes de longues préparations (souvent effectuées en jonglant avec un agenda personnel et professionnel serré) et le stress engendré par l'un et l'autre, ne peuvent souvent pas être supporté longtemps.
La saturation arrive parfois brutalement, après plusieurs saisons passées à explorer l'effort toujours plus loin, à enchaîner de plus en plus d'épreuves exigeantes tout en augmentant bien souvent le volume d’entraînement. Avec le succès populaire de l’ultra, j’ai pu rencontré ainsi ces dernières années de nombreux coureurs dont l'appétit de courses (longues) est vite devenu gargantuesque. Au risque d’une bonne indigestion dont ils ne se remettent parfois pas. Davantage sur le plan mental que physique.

Des sportifs amateurs “boulimiques” de compétitions et d’efforts

Le succès populaire actuel pour la course à pied et en particulier pour le marathon et l’ultra a sans doute accentué ce phénomène de “frénésie” de courses et touché de plus en plus d'amateurs dont le niveau sportif n’oblige a priori pas à ces excès. Pour autant, ce phénomène de saturation mentale avait été observé par le passé de façon scientifique sur des athlètes de haut-niveau.
Je me souviens ainsi de l’analyse de la carrière du marathonien anglais Ron Hill dans le livre “Lore of Running”, une des bibles de la physiologie de la course d’endurance. Après des débuts marqués par une progression linéaire sur les 42,195 kms, qui l’amenèrent à devenir l’un des meilleurs mondiaux à son époque ( 2h09’ 28”en 1970), l’anglais allait enchaîner les courses et les préparations à hautes doses. Finalement, ses performances marquèrent assez vite le pas. Pour Tim Noakes, Hill avait atteint le stade du “marathon punch drunk”, c’est-à-dire qu’il alliait un état de surentraînement chronique (entraînant blessures et état de fatigue) et une saturation de la compétition.

Finalement, la passion l’emporta et même si il ne revint jamais à son meilleur niveau, Ron Hill continua de courir jusqu'à aujourd'hui. Mais pour de nombreux coureurs plus modestes, et moins profondément impliqués, cette saturation mentale, une fois installée, est souvent dure à surmonter.

Ecouter son envie

Comment l'éviter ? Une bonne partie de la question est là. La sagesse, la modération pourra bien entendu être évoquée en premier. Mais il est difficile de raisonner le coureur passionné, pris dans l’engrenage et l’enthousiasme de ses progrès et à qui tout semble bien réussir. Plus on court, plus on a envie de courir, bien souvent.
Cependant, la définition d’objectifs précis, d’un calendrier de courses raisonnable sera sans doute un préalable pour éviter une escalade qui peut mener à la saturation.
Ensuite, il faudra s'écouter. Si vous commencez à “avoir moins envie”, à rechigner à vous entraîner, à vous lever tôt pour partir sur une compétition, c’est sans doute qu’une certaine usure se montre, sans même parfois qu’elle s’accompagne de symptômes physiques. N'hésitez pas à alléger alors votre programme, à sauter une compétition qui n’est finalement pas primordiale. Mieux vaut savoir se reposer à temps pour mieux rebondir ensuite.
Car souvent, arriver à saturation complète est catastrophique. J’ai ainsi vu de nombreux coureurs blessés ou épuisés, qui se remettaient physiquement de leur surmenage mais n’avaient ensuite “plus envie de se faire mal”.

Varier les plaisirs et les objectifs

Ce n’est après tout pas si grave car la course à pied peut aussi n’être que transitoire pour certains, un moment de la vie, mais je pense qu’ils auraient pu mieux le vivre et le prolonger avec plus de ménagement et de discernement.
Moi-même, j’ai sans doute pousser le bouchon un peu trop loin certaines saisons. Lorsque je courais sur route, il m’est arrivé d’enchaîner 11 compétitions en 8 semaines, du 10 kms au marathon, sans me ménager. Quelques années plus tard, j'ai sans doute enchaîné trop d'épreuves d'ultra-trails exigeantes. Mais j’ai pu “rebondir” et prendre toujours autant de plaisir dans ma passion de la course à pied en variant les plaisirs : revenir à des distances plus courtes, varier les surfaces.
Aujourd’hui, j’aime participer à nouveau à des marathons, sans trop d’ambitions chronométriques, et à quelques ultra-marathons, mais un peu moins qu’auparavant. Cette variété et cette moindre “boulimie” d’épreuves me serviront sans doute à courir encore, un peu différemment, pendant longtemps !